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Le bilan de Moussa Mara à la Primature : Le verre à moitié … plein au bout de 9 mois

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Les rumeurs sur la démission de Moussa Mara de la Primature n’en finissaient plus de défrayer la chronique, alimentant les causeries, tant dans les salons feutrés de Bamako que dans les «grins» des quartiers populaires des villes et bourgades maliennes hautement politisées.

Tant et si bien que cette démission était devenue le grand serpent des mers, dont tout le monde parle mais que personne n’a jamais vu. Elle a quand même fini par se produire, cette démission. Les détracteurs de Moussa Mara préfèrent parler de limogeage. Et, des détracteurs, Dieu sait si le Premier ministre Moussa Mara en avait.

Son péché originel, tant aux yeux du parti majoritaire qu’à ceux de l’opposition, était de ne pas appartenir au parti présidentiel et de n’avoir qu’un seul député à l’Assemblée nationale. Sa nomination fut donc accueillie par une levée de boucliers, son mandat s’accompagnant d’une guerre de tous les instants. Avec, comme argument massue, le déni du fait majoritaire.

Mais, fort de la confiance du maître du jeu, le Président Ibrahim Boubacar Kéïta, qui, de tout évidence, avait choisi de jouer la carte de l’efficacité, le jeune Premier ministre ne s’en formalisa pas outre mesure.

Nullement affecté par l’hostilité de l’environnement, très vite, Moussa Mara, un animal qui a précocement appris beaucoup de choses dans le marigot politique malien, s’attaquera à la mission pour laquelle il avait été nommé: aider le Mali à se dépêtrer de la crise multidimensionnelle dans laquelle les événements de 2012 l’ont plongé et procéder à la relance de l’économie malienne.

Pour ce faire, il a choisi d’aller vérifier sur place l’état d’avancement du processus du retour de l’administration dans le Septentrion du pays, après l’occupation de cette partie du Mali par les groupes armés, les narco-jihadistes d’AQMI, du MUJAO d’Ançar dine et leurs alliés du MNLA qui, au demeurant, avaient joué le rôle de cheval de Troie dans l’invasion du pays.

Mal lui en prendra, car, s’il a effectué sans encombres les étapes de Tombouctou et de Gao, il n’en fut pas de même pour la région de Kidal. Loin s’en faut. Dans cette région où le MNLA, remis en selle à la faveur de l’opération Serval, après en avoir été chassé, comme du reste de tout le pays, par ses ex-alliés narco-jihadistes, règne en maître, avec la bénédiction de la partie française.

L’armée malienne y existait de façon symbolique, avec une marge de manœuvre quasi-nulle. C’est dans ce contexte kafkaïen que la délégation du Premier ministre Moussa Mara a été attaquée. Des préfets et autres cadres de l’administration furent exécutés de sang froid par les assaillants. A la barbe et au nez de la MINUSMA et de Serval. Cela sentait le complot à plein nez.

Qu’à cela ne tienne! Une réponse fut préparée pour laver l’affront. D’importants moyens humains et matériels avaient été engagés. A la surprise générale, l’opération se solda par un échec retentissant. Et de nombreux morts et blessés dans les rangs de l’armée malienne.

L’occasion fut saisie par  les détracteurs de Mara, qui se sont fait un malin plaisir de tirer sur lui à boulets rouges, l’accusant au passage d’amateurisme et de dérouler son agenda personnel au détriment de l’intérêt général. Convaincus en cela que c’est le Premier ministre d’alors qui était l’instigateur de l’expédition punitive.

Peut-on accuser pour autant Moussa Mara d’être un apatride? Au-delà du procès d’intention, il serait plus juste de faire une lecture des événements sous l’angle géopolitique et de dire que des facteurs externes, difficilement prévisibles, ont  négativement impacté le déroulement de l’opération. Sinon, comment comprendre qu’au moment même où celle-ci avait lieu, RFI diffusait sur ses antennes que le MNLA avait demandé un cessez-le-feu et, à peine deux heures après, que celui-ci prenne le dessus sur l’armée nationale, si il n’avait pas reçu des renforts, même des narco-jihadistes?

Qui tirait les ficelles dans l’ombre ? Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur cette fameuse opération, des choses inattendues et difficiles à concevoir de la part d’un ami. Toujours est-il qu’il faut admettre, après Napoléon Bonaparte, que «la victoire a mille pères et la défaite est orpheline».

Il y a aussi que, en plus de la classe politique, Moussa Mara s’était aussi fait beaucoup d’ennemis chez les «mercenaires du statu quo» qui ne pouvaient que voir d’un mauvais œil l’avènement de ce Robespierre, l’incorruptible, un Africain des temps modernes, autrement dit un empêcheur-de-frauder-en-rond. Car c’est avec lui que la lutte contre la corruption a connu une certaine avancée.

Idem pour la relance économique, où, en homme de terrain, il a privilégié la gestion de proximité et alterné l’inauguration d’unités industrielles, comme le pôle de conditionnement de pomme de terre de Sikasso, sur un financement de la Banque Mondiale, et la pose de la première pour d’autres.

Dans le même registre, c’est avec lui que les Partenaires Techniques et Financiers ont repris leur coopération avec le Mali. Faut-il encore parler de la lutte contre Ebola? Comme dans toute œuvre humaine, il y a aussi du passif dans le bilan de Moussa Mara. Mais nous avons choisi de voir plutôt le verre à moitié plein.

Yaya Sidibé

Source: 22 Septembre

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