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Litige foncier à Kabala Sud Extension : La tension monte

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Depuis quelques années maintenant, la population de Kabala Sud Extension est opposée à un certain Bouréhima Coulibaly, marabout de son état et résidant à Fana, autour d’un espace public réservé à la mosquée et à une Médersa. Voyant que le marabout, par l’intermédiaire de son fils Mamadou, avait entrepris des travaux de construction d’une Médersa sur une moitié du site, les habitants se sont contentés de la deuxième moitié pour bâtir une mosquée, comme cela est prévu dans le plan de lotissement. Mais l’appétit venant en mangeant, le marabout leur a d’abord proposé de le laisser édifier la mosquée à ses frais, mais à la condition qu’il fasse venir d’ailleurs son imam à lui. Dignité oblige, cette proposition suspecte a été rejetée par les habitants. Lesquels ont préféré se cotiser et mettre à contribution d’autres bonnes volontés pour construire leur petite mosquée. Ils ont estimé cette proposition insultante dans la mesure où, si c’est simplement pour servir la cause de l’islam, il suffirait de construire la mosquée et la mettre à la disposition des fidèles.

La proposition du marabout laissait tout simplement deviner qu’il bénéficiait d’un financement occulte et que ses bailleurs imposaient cette clause. Une clause qui montre clairement que les bailleurs veulent inculquer et propager un autre mode de pensée. Comme on le voit de plus en plus dans notre pays avec ce que cela donne déjà comme conséquences : extrémisme religieux notamment. Cette offre rejetée, le marabout est revenu à la charge pour clamer cette fois-ci sa propriété absolue sur le site, qui fait partie des Equipements collectifs prévus dans le plan du quartier : marché, centre de santé, mosquée, médersa, école, espace vert…Alors s’engagèrent des débats interminables et sans issue. Le marabout finit par convoquer des représentants de la population à la gendarmerie de Kalanbancoro. Dont il a visiblement bénéficié de la complicité, puisque celle-ci fit son jeu en intimidant ces représentants à renoncer à leur mosquée. Au profit du marabout qui, c’est important de le souligner, ne réside même pas dans le quartier, mais à Fana et, semble-t-il, à Missabougou.

On aura tout vu dans ce pays. À la suite de cette victoire, les fidèles furent contraints d’abandonner la mosquée qu’ils ont pourtant bâtie avec leurs maigres ressources et les contributions volontaires. Mais par la grâce de Dieu, Moussa Mara, alors Premier ministre, fit remettre l’édifice à la disposition de ses propriétaires légitimes. Mais le départ de Moussa Mara de la primature n’a rien arrangé pour les habitants de Kabala Sud Extension. Le marabout revint à la charge, apparemment avec la complicité de la préfecture de Kati, et notamment d’un certain Moussa Camara, chef de la subdivision urbanisme à la préfecture. Celui-ci ne cesse de clamer que l’ex préfet, M. Sylla, a attribué le site au marabout. Pourtant et paradoxalement, lui-même (M. Camara), à la suite d’un procès de constatation d’huissier de justice, avait adressé un Procès verbal au président du tribunal de 1 ère instance de Kati (Juillet 2014, bordereau n° 248) avec comme observations : «Pour autorisation de la démolition des travaux exécutés illégalement dans les sites réservés aux équipements collectifs dans le plan de lotissement de Kabala Sud et Sud Extension».

La Direction régionale de l’urbanisme et de l’habitat a eu ampliation de ce procès verbal de constat, d’infraction de constructions non autorisées à Kabala-Sud et Sud-Extension. Depuis, les choses sont restées en l’état, les fidèles continuant à fréquenter la mosquée. Mais comme indiqué plus haut, Moussa Mara n’étant plus à la primature, le marabout (qui a l’habitude de soutenir devant des représentants de la population qu’il a de l’influence aux niveaux de la ‘’ Sécurité, de la justice et des Domaines’’) a repris du poil de la bête. Il y a quelques mois de cela, en effet, il parvint à embarquer le procureur du tribunal de Kati dans son jeu. Celui-ci s’est permis (voir notre dernière parution) de convoquer deux paisibles citoyens du quartier et menacer de les mettre en prison s’ils n’arrêtaient pas leur ‘’entreprise’’.

Leur ‘’entreprise’’, c’était tout simplement qu’ils auraient déchargé du sable près de la mosquée et qu’ils auraient donc ‘’l’intention’’ d’entreprendre des travaux sur la mosquée. Ce qui était archifaux. Le sable dont il est question était prévu pour un autre chantier dont ils ignoraient jusqu’au propriétaire. Les deux personnes menacées sont en l’occurrence, un fermier et un briquetier. Lesquels n’ont ni un mandat de la population, et encore moins les moyens financiers pour bâtir à eux seuls une mosquée. Voilà ce qu’est un abus : menacer deux pauvres habitants pour satisfaire les désidératas d’un soi-disant homme de Dieu. Sur lequel le procureur aurait mieux fait d’enquêter pour élucider ses véritables motivations en voulant vaille que vaille construire une mosquée et ‘’importer’’ un imam que les populations bénéficiaires ne lui ont nullement demandés. C’est à cela que le procureur aurait dû s’atteler au moment où notre pays est la cible privilégiée des jihadistes et autres terroristes de tous bords. Toujours est-il que, depuis, la population a, une fois de plus, renoncé à sa mosquée.

Depuis lors et à ce jour, les fidèles prient en plein air, bien avant le mois de carême, pendant et même après, donc sous la pluie parfois. Par ailleurs, alors que les habitants se sont abstenus de tous nouveaux travaux sur la mosquée depuis une injonction de la préfecture, le marabout Bouréhima Coulibaly et son fils Mamadou, tous de Fana, n’ont jamais arrêté les travaux. Depuis quelques semaines, ils ont entrepris de clôturer le site comprenant et la mosquée et la médersa. Quel culot ! Or, théoriquement le dossier est pendant devant le tribunal de 1ère instance de Kati, si l’on s’en tient du moins au P.V. adressé à son président. Pire, devant le site, le marabout a implanté une plaque avec un numéro d’autorisation de construire datant de 2015.

Comment un service public a-t-il pu délivrer une autorisation de construire au moment où le dossier litigieux est devant la justice ? La réponse à cette question se trouve certainement à Kati qui devra la fournir prochainement à la justice. En effet, la clôture du site a de nouveau fait monter la tension chez la population. Elle a adressé une correspondance au préfet de Kati lui expliquant la situation qui prévaut. La population espère que les autorités compétentes prendront toutes leurs responsabilités dans les meilleurs délais, notamment pour faire arrêter les travaux en cours et lui restituer sa mosquée. Autrement, elle n’exclut pas de faire usage de la force populaire pour rentrer en possession de ce qui lui revient de droit.

Les ampliations ont été faites à tous les services concernés ou presque : La préfecture, les ministères de l’Administration territoriale, des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières, de l’Urbanisme et de l’Habitat, des Affaires religieuses, de la Justice, le Haut Conseil Islamique, la Sécurité d’Etat, la Mairie de Kalabanbancoro, les Directions nationales et régionales des Domaines et de l’Urbanisme, la gendarmerie de Kalabancoro, etc. Il faudrait donc s’attendre à ce que les jours et semaines à venir soient mouvementés en raison de la détermination d’une partie (la population) et l’influence supposée du marabout auprès de certaines autorités. Qui sortira gagnant de l’empoignade ? La réponse saute à l’œil si c’est le droit qui va être dit. En effet, selon les textes, une place publique ne saurait être détournée de sa vocation initiale et attribuée à un tiers qu’avec l’autorisation du Conseil des ministres, doublée de l’accord de la population bénéficiaire. Quand on sait que, de surcroît, le marabout ne réside même pas dans le quartier voire à Bamako même, il ne devrait pas y avoir de match.

Mais, nous sommes au Mali, et fort de son soi-disant statut de marabout, le monsieur se montre serein car il disposerait de relations haut placées. Les mois prochains devraient nous édifier. La population est en passe de s’assurer les services d’un avocat et de solliciter une fois de plus l’ancien PM, Moussa Mara. Elle est déçue que depuis plusieurs mois, ses représentants n’arrivent pas à rencontrer le ministre Bathily, réputé être un défenseur des pauvres en matière foncière.

 

 

Haidara

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