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Rébellion, blocage des pourparlers inter maliens : France, Qatar, des Etats-Unis, manipulateurs dans l’ombre -L’Algérie au cœur du problème malien

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Nous avons réunis ici la série de 16 articles publiés par Le Soir d’Algérie et reproduits par Mondialisation.ca . Pour comprendre l’issue des négociations, nous vous proposons une première partie, consacrant un dossier. Nos lecteurs pourront s’amuser à dénicher quelques erreurs mineures ou constater que M. Ali El Hadj Tahar considère comme établi ce qui n’est pour le moment que des hypothèses fortes. Tel qu’il est ce texte est une source précieuse d’informations et nous en recommandons la (longue) lecture à tous. (Fruits rouges) NB : Le titre est de la Rédaction.

Des plans asphyxiants du FMI aux hordes barbares

(1ère partie)

La crise malienne est-elle en train d’être réglée ou bien va-t-elle perdurer ? Quelles sont ses origines ? Quels sont les acteurs de l’ombre et à qui obéissent les prétendus groupes «islamistes » et «séparatistes» qui s’apparentent beaucoup plus à des mercenaires qu’à des rebelles de conviction et de principes, aussi faux et archaïques soient-ils ? Pourquoi l’Azawad est un mensonge, une mystification et surtout une construction coloniale ? Comment a fonctionné le scénario qui a permis à ces mercenaires de s’installer au Mali ? Avec quels moyens et soutiens ? Pourquoi le Mali ne pouvait pas se défendre ? Comment il en a été empêché avant et après un mystérieux coup d’Etat ? Dans ce conflit, l’Algérie a-t-elle été à la hauteur pour défendre ses intérêts et sa profondeur stratégique ? Un Sahelistan est-il possible et quels ingrédients lui faut-il ? Lorsque le terrorisme est utilisé comme outil de politique étrangère par des Etats, cela s’appelle guerre par procuration. Cette guerre a aussi été livrée à l’Algérie, sur le sol algérien, à In Aménas… Des réponses et des tentatives d’approche sur une crise face à laquelle l’Algérie ne peut se contenter de fermer ses frontières pour se croire à l’abri.

Personne ne s’intéresse au Mali, mais lorsqu’on y découvre du pétrole tout le monde arrive… Les «Printemps arabes» sont le déclencheur d’une stratégie globale de restructuration de la planète, et ces pseudo-révolutions concoctées entre Washington et la base d’El Oudeïd, au Qatar, en coordination avec des services arabes, s’inscrivent dans un plan dont la crise malienne fait partie. Il s’agit d’un même programme, ce fameux Grand Moyen-Orient (GMO) révélé par George Bush après «l’attentat» du 11 septembre 2011, et qui vise à chambouler les frontières héritées du partage de Sykes-Picot pour des considérations économiques et géostratégiques au profit de l’Occident.

Lorsqu’on parle de stratégie impérialiste de cette envergure, on prête parfois à rire et ceux qui en rient ignorent que la Nasa, qui dépend de la Maison-Blanche, planifie des programmes spatiaux qui n’auront lieu que dans 20 ans mais sur lesquels des dizaines d’entreprises et de savants travaillent déjà. Ce sont les politiques qui permettent à ces programmes de se faire, et ils sont aussi capables de réfléchir sur le long terme aux ressources nécessaires à leur exécution et au maintien du niveau de vie des Américains, ce paramètre fondamental de la politique extérieure américaine. Le think tank qui a imposé les projets militaires de George Bush (guerres d’Afghanistan et d’Irak) s’appelle «Projet pour un nouveau siècle américain» et comprend de nombreux décideurs, chercheurs, théoriciens et chefs d’entreprise dont Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Armitage et Dick Cheney… Le remodelage du monde musulman est une idée ancienne qui a pris forme juste après la fin du bloc communiste, l’Amérique voulant immédiatement rentabiliser à son avantage la conjoncture favorable de l’ordre unipolaire à peine naissant.

En effet, le 11 septembre 1990, à la veille de l’attaque contre l’Irak, le président George H. W. Bush a révélé les grandes lignes du nouveau projet impérialiste américain : «Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le Golfe persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix.» Quelques mois après, il envahira l’Irak, rendant effectif ce qu’on appellera le Nouvel ordre mondial (NOM). Son fils, George W. Bush, celui qui présidait aux destinées des USA lors de «l’attentat» du 11 septembre 2001, a dit : «La lutte contre le terrorisme a commencé et elle va durer longtemps. (…) C’est la première guerre du XXIe siècle.» Il n’a d’ailleurs pas dit la guerre, mais la «première guerre», laissant entendre qu’il y en aurait d’autres. Cela montre que l’invasion de l’Afghanistan (novembre 2001) et celle de l’Irak (20 mars 2003) étaient déjà planifiées, sous de faux prétextes : l’une pour «l’élimination» ou «l’arrestation» de Ben Laden, et l’autre pour détruire les «armes de destruction massive» de Saddam Hussein. Bush junior affine donc le concept du NOM, qui deviendra le Grand Moyen- Orient (GMO), dont la stratégie et les desseins sont identiques et visent la colonisation permanente ou momentanée de certains pays musulmans et arabes, et/ou la refondation de leurs frontières pour piller leurs richesses et les empêcher d’avancer sur tous les plans. D’ailleurs, douze ans après l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, au lieu d’éliminer Al-Qaïda, l’intervention étatsunienne en a fait un fléau international et mis ces pays sur les genoux. Obama sera le continuateur de cette politique militaire dépensière imposée par le complexe militaro-industriel aux républicains comme aux démocrates.

Les desseins impérialistes de l’Occident

C’est Obama – pas George Bush – qui dira en juin 2010, à quelques mois des «Printemps arabes» : «Dans ce monde incertain, le temps est venu pour un nouveau commencement, une nouvelle aube de leadership américain.» Et d’ajouter : «Notre puissance économique doit soutenir notre force militaire, notre influence diplomatique et notre leadership mondial. Voilà pourquoi je construirai une armée du XXIe siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide, afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar.» Cette «armée du XXIe siècle » vise donc clairement le monde musulman, car il cite deux villes musulmanes, ce qui inscrit donc son programme belliqueux dans le GMO. Par «partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste», il entend une alliance stratégique et fondamentale avec des Etats-valets comme le Qatar, l’Arabie Saoudite et les nouveaux gouvernements issus des «Printemps arabes» qui s’acharnent déjà à détruire d’autres peuples arabes et à écraser le dernier des raïs digne de ce nom. Ce partenariat est en action, de manière foudroyante : plusieurs présidents déchus en l’espace d’une année, plusieurs crises nouvelles dans le monde arabe et, pour finir, un Sahelistan qui prend forme dans plusieurs régions, à nos frontières. Jamais le monde musulman n’a vécu des crises aussi graves et destructrices, autant de divisions et de partitions.

L’invasion du Nord-Mali et l’attentat d’In Amenas s’inscrivent dans cette logique bien ficelée jusqu’au dernier détail. Notre propos vise à prouver qu’au Mali il ne s’agit pas de terrorisme mais de terrorisme d’Etat, les mercenaires employés pour ce dessein ne sont que des tentacules d’une même pieuvre, qu’ils prétendent agir au nom de l’Islam ou au nom de l’Azawad. La crise malienne s’inscrit dans une vision géostratégique impérialiste avec une aire géographique précise qui cadre avec la théorie huntingtonienne du «Clash des civilisations» et dont le but est la mainmise sur des ressources, l’extension et la domination mais aussi l’octroi de budgets faramineux aux entreprises du complexe militaro- industriel, entre autres. Cet impérialisme et ce bellicisme américains – en contradiction avec la Constitution du pays – est induit par un budget immense consacré à la défense, un budget par essence belliciste, qui ne s’explique que par une volonté de guerre permanente. Lorsqu’on sait que 70% de ce budget va aux entreprises privées, on comprend qui commande en Amérique et qui commandite les guerres menées par l’Amérique, «au nom de la justice» et même «au nom du Christ» comme l’a prétendu George Bush junior.

Notre étude sur le Mali n’apparente pas le terrorisme et l’islamisme qui le soustend à une idéologie mais à un mercenariat de groupes qui travaillent pour des forces étrangères. Dès lors qu’il tue et terrorise et viserait à instaurer une dictature fasciste, «l’islamisme» n’est donc pas une idéologie mais un crime, pour paraphraser Bertolt Brecht qui disait que «le nazisme n’est pas une idéologie mais un crime». Elle s’articule sur des faits, mais aussi sur les données avancées dans de nombreux livres et études sur le terrorisme, essentiellement d’auteurs progressistes américains. C’est en partant du point de vue – démontré par plusieurs auteurs et que nous alimenterons par notre analyse – que le terrorisme dit «islamiste» est, premièrement, une fabrication américaine qui ne sert que les intérêts occidentaux, avec le soutien et la bénédiction de supplétifs et, deuxièmement, que l’alliance qui a permis de faire sortir les Russes d’Afghanistan et de détruire le bloc communiste est non seulement en vigueur mais plus solide et puissante que jamais. Aujourd’hui, cette stratégie ne vise plus un seul pays mais plusieurs à la fois, depuis que les «Printemps arabes» ont enclenché le passage de ce plan impérialiste à une vitesse supérieure.

La misère de la zone franc

Au-delà de la présente phrase, nous n’emploierons qu’entre guillemets et très rarement les termes fallacieux de «terrorisme islamiste», de «djihadistes », d’«islamistes» ou «d’islamisme» car cette terminologie et sa propagation relèvent de la stratégie qui nourrit les fléaux qu’ils couvrent : tous ces termes sont inadéquats car il ne s’agit pas de combattants au nom de l’Islam ni même d’un Islam perverti mais de mercenaires sans principes, sans attaches ni programme ni but. Ils ne servent pas leurs intérêts propres mais ceux de l’Occident, de manière consciente et préméditée. Ces mercenaires sont les harkis des temps modernes, et comme les harkis n’ont pas d’idéologie, les terroristes se prétendant de l’Islam n’en ont pas. Aucun musulman et aucun savant musulman ne peut ignorer que «vouloir créer un Etat musulman, c’est sacraliser le pouvoir», comme le résume le mufti de la république syrienne, cheikh Badr El-Dine Hassoun qui considère que l’Etat en terre d’Islam ne peut être que laïc et séculier pour que des hommes ne monopolisent pas les Choses d’Allah, qui sont censées appartenir à tous. Et ce, ajoute un autre imam syrien, Mohamed Saïd Ramadan Al-Bouti, pour que le savant musulman et la théologie musulmane ne soient pas prisonniers de potentats se prétendant de l’Islam comme l’ont montré les dictatures saoudiennes et celles des rois Hassen II du Maroc et Hussein de Jordanie… La dette malienne s’élevait à 3,19 milliards de dollars en 2012, ce qui est énorme pour un pays qui ne vit que de la vente du coton, d’élevage et d’agriculture. Comment satisfaire les besoins d’une population de 14 millions d’habitants avec un budget de l’Etat de 150 millions d’euros (année 2012), soit à peine la moitié du budget du ministère algérien de la Culture ? La France détient 25% de cette dette et le Qatar, 4%. Les créanciers refusent de passer l’éponge, ce qui oblige le Mali à accepter, en 1992, un plan d’ajustement structurel (libéralisation des prix, ouverture du marché, vente des terres agricoles aux Français) qui, au lieu de relancer la croissance, a rendu le pays plus vulnérable et dépendant de l’extérieur, avec un appauvrissaient plus grand. 72,8% des Maliens vivent avec moins d’un dollar par jour. La misère ne fait que grandir mais les créanciers restent de glace. Pis : le 11 janvier 1994, la France décide de dévaluer le franc CFA de 50% par rapport au franc français, car le Mali fait partie de la zone franc comme quatorze autres Etats africains et des îles du Pacifique. Cette dévaluation met le peuple malien à genoux : la descente aux enfers peut commencer, et le plan se resserrer. Heureusement, Kadhafi offre des milliers d’emplois aux Maliens, y compris au sein de son armée. Mais lorsqu’il propose au Mali et à d’autres pays de sortir de la zone franc pour préparer la création d’une nouvelle monnaie africaine, de gros problèmes commencent pour les Maliens et Libyens. Les problèmes maliens sont aussi liés au refus du président Amadou Toumani Touré (ATT) d’offrir à la France une base militaire au Mali, base destinée à contrecarrer l’influence libyenne, chinoise, russe et américaine dans sa zone d’influence historique. Les militaires français ont été chassés du Sénégal et doivent bientôt déguerpir du Tchad : la crise malienne va-t-elle empêcher cela et servir à renforcer le prestige d’une France-civilisée-libératrice-des-nationsdu- terrorisme-barbare ? La «menace» terroriste marche à tous les coups, y a qu’à voir l’augmentation exponentielle des ventes d’armes à travers le monde et la prolifération de bases militaires américaines. ATT aurait aussi voulu écarter la France (Total) de l’exploitation des gisements de pétrole qui ont récemment été découverts… au Nord-Mali, au sud de la wilaya algérienne d’Adrar. Le pétrole est dans le ventre de la terre mais par-dessus, c’est la misère. Le remboursement de la dette et l’ajustement structurel imposé par le FMI ont mis le Mali à genoux : il n’avait même pas de quoi acheter des munitions pour ses soldats : c’est ce qu’a dit le président ATT ! D’ailleurs, déjà en 2010, selon un câble de Wikileaks(1), le brigadier général marocain Abdellah Hamdoun, directeur de l’Intelligence marocaine, informait les Etats-Unis que le Mali manquait de moyens pour contrer Aqmi…

Ali El Hadj Tahar

8 février 2013

Publié sur Le Soir d’Algérie

 

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La boîte de Pandore libyenne devient un enfer

(Deuxième partie)

Après avoir été amené par le FMI à une crise économique grave qui ne permettait même pas l’achat de munitions, le Mali est livré à une horde de mercenaires qui viendront bientôt conquérir le nord du pays et permettre à la France d’y venir jouer au cow-boy en engageant un budget de 630 millions d’euros dans l’opération Serval qui rappelle celle de l’opération Epervier au Tchad. D’ailleurs, le serval est aussi un animal, un félin proche du chat sauvage.

Comme l’opération Serval, l’opération Epervier a été déclenchée début février 1986 par la France pour soutenir le putschiste Hissène Habré après le franchissement du 16e parallèle par les forces armées libyennes venues soutenir Goukouni Oudëi, le président renversé en 1981. Depuis, les Français sont au Tchad… Le Mali a été volontairement amené à cette situation où son armée ne pouvait plus accomplir ses missions de défense du territoire. L’ajustement structurel a engendré un Etat failli et une armée en faillite. C’est aussi simple que cela. D’ailleurs, fin janvier et début février 2012, des manifestations de femmes de militaires craignant pour leurs maris face aux hordes d’Ansar Dine et du MNLA scandaient : «Des munitions pour nos hommes.» Une cargaison d’armes et de munitions aurait empêché le drame malien et, par conséquent, celui d’In Amenas d’avoir lieu. L’effacement de sa dette aurait permis à Bamako de recruter des soldats pour régler ses problèmes dans la dignité et surtout sans ces 800 000 déplacés, ces morts et ces bras coupés. Le président Amadou Toumani Touré (ATT) savait que la «révolution» libyenne allait avoir des répercussions gravissimes sur son pays. Mais le 22 mars, il fera l’objet d’un coup d’Etat. L’armée commence alors à battre en retraite face aux mercenaires organisés en bandes aux appellations différentes mais aux mêmes objectifs. La suite des événements on la connaît, du moins surtout du point de vue occidental qui a réussi à déformer toutes les informations d’ordre historique, politique, géographie et économique sur un pays qui est pourtant à nos frontières et dont le destin est intimement lié au nôtre. Nos journaux et nos chaînes de télévision reprennent les mensonges issus du plan du général de Gaulle… C’est parce que nous sommes culturellement et médiatiquement sous-développés que nous faisons l’objet de manipulations occidentales qui détruisent nos nations. L’ex-président malien, ATT, en exercice jusqu’au 21 mars 2012, s’était inquiété de la déstabilisation de son pays par la crise libyenne, et ce, bien avant le retour au Mali d’un millier de soldats touareg qui faisaient partie de l’armée de Kadhafi. Evidemment, seule une poignée d’entre eux rejoindra les terroristes et les «rebelles», car la dignité et le sens de l’honneur des Touareg et leur attachement à leur pays d’origine sont identiques en Algérie, au Mali, au Niger, au Burkina Faso ou en Libye. Très vite, pour le Mali, la boîte de Pandore libyenne devient un enfer. Comme aucun pays n’a voulu donner de munitions au Mali ni effacer sa dette pour lui permettre de se prendre en charge militairement, aucun des pays membre de l’OTAN n’a exigé des «rebelles» libyens la restitution des armes qui leur ont été distribuées pour en découdre avec Kadhafi. C’est l’amiral Giampaolo Di Paola, président du Comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des pays de l’OTAN, qui a alerté l’opinion internationale : «Plus de 10 000 missiles sol-air» qui représentent «une sérieuse menace pour l’aviation civile» pourraient sortir de Libye et se retrouver entre de mauvaises mains «du Kenya à Kunduz», a-t-il dit, selon Der Spiegel(dimanche 2 octobre 2012). Quant au général libyen, Mohamed Adia, chargé de l’armement au sein du ministère de la Défense du Conseil national de transition (CNT), il a estimé à «environ 5 000» le nombre de SAM-7 «toujours manquants et dans la nature», supputant déjà que certains de ces missiles seraient déjà tombés entre de mauvaises mains. Ni Londres, ni Washington, ni Paris n’ont réagi à ces informations, sachant au moins leur destination vers les «révolutionnaires» syriens.

Ces armes que le Qatar laisse aux terroristes…

Pour précipiter la chute de Kadhafi, l’OTAN a distribué 20 000 tonnes d’armes et de munitions aux groupes «révolutionnaires» par l’entremise du ministre de la défense du Qatar, en qualité de payeur de la facture. En septembre 2011, l’OTAN l’a également chargé de récupérer les armes en question, mais il a laissé des arsenaux entiers à disposition du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), filiale d’Al-Qaïda. Le 10 novembre 2012, Mahmoud Jibril, leader du CNT et chef du parti Alliance des forces nationales libyennes, vainqueur des élections du 7 juillet 2012, disait sur la chaîne irakienne Al Hurra que le Qatar refusait toujours de récupérer les armes qu’il a distribuées aux groupes rebelles qui ont «libéré» son pays, ce qui suppose que Doha a aussi le contrôle sur ces groupes. En vérité, ce sont les Etats-Unis et la France qui sont les premiers responsables de cette situation car le Qatar ne peut laisser des armes dans la nature sans blanc-seing. Cette information, parmi d’autres dont celles qui filtrent des déclarations officielles, conforte la thèse d’une conspiration au Mali. En tout cas, il y a une évidence indéniable : l’effet domino de la «révolution» libyenne ne se limite pas à l’Afrique car il touche directement la Syrie et le Yémen : Obama a d’ailleurs reconnu (24 janvier 2013) que les arsenaux de Kadhafi sont utilisés dans ce pays. Il ne dit pas comment ils sont arrivés aussi loin et qui les a amenées, afin de ne pas endosser la responsabilité si une folie était commise contre un avion civil, quelque part dans le monde. Obama ne peut pas ignorer l’affaire du Lutfallah II, du bateau venu de Libye, qui est passé par l’Égypte et la Turquie et qui a été arraisonné par la marine libanaise, avec des tonnes d’armes à son bord : le président du Parlement libanais Nabih Berri a alerté l’opinion internationale, disant que le navire «ne portait des armes pour les anges». Tous les théâtres d’opération du terrorisme sont interconnectés car le terrorisme est un système transnational avec les mêmes opérateurs et agents de différents niveaux jusqu’à des chefs d’Etat, des députés, des ministres, des chefs de services de renseignements et des marchands d’armes comme lors de la première guerre d’Afghanistan, lorsque des ministres saoudiens et du Golfe ainsi que les directeurs des plus grandes banques et sociétés étaient fiers de financer Ben Laden, le chouchou des Américains qu’il aidait à se débarrasser du méchant Russe communiste. Autrefois, le méchant c’était le Russe, avant lui le Nippon, puis l’Allemand, aujourd’hui le musulman… L’impérialisme se fabrique des ennemis selon la conjoncture. Le livre House of Bush, House of Saudde Craig Unger démonte cette alliance contre-nature des Etats-Unis avec le régime corrompu d’Arabie Saoudite, pas seulement avec la firme multimilliardaire Ben Laden. Aujourd’hui, le commanditaire du terrorisme international est toujours le même bien qu’il donne l’impression d’être polymorphe. Le but ici est aussi de montrer la face de ce Dark Vador au masque de métal. En outre, le transfert des armes d’un pays dont le gouvernement est issu des «printemps arabes» à l’axe qui veut imposer de nouveaux «printemps arabes» indique que ces «révolutions» ont été fabriquées dans des officines et que le plan est toujours opérationnel. Non seulement une foule de régimes aux ordres est née mais une infinité de traîtres et d’agents de l’Occident ont été introduits dans les rouages de tous ces Etats, à tous les niveaux. Ils s’occupent, à différents niveaux de hiérarchie, à rendre possible ce trafic d’armes destinées aux terrorises et qui a amené le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, à dire que «les menaces de l’opposition syrienne d’abattre des avions civils est le résultat de livraisons irresponsables des Manpad (les systèmes portatifs de défense aérienne)». Certains médias ont révélé (début août 2012) que l’Armée syrienne libre avait obtenu environ 20 de ces Manpad (Man Portable Air Defence dont le modèle célèbre est le Stinger) de la Turquie. Selon les experts russes, l’Arabie Saoudite et le Qatar seraient derrière ces livraisons. C’est Obama lui-même qui a autorisé (fin août 2012) la livraison d’armements lourds aux rebelles anti-Bachar ; et Hillary Clinton a fait une déclaration demandant aux mercenaires syriens de ne pas déposer les armes le jour-même où le «mufti» d’Al Jazeera, Al-Qardaoui, a fait une fatwa en ce sens. Les milliers d’armes saisies par l’armée syrienne sur les terroristes n’ont rien à voir avec l’arsenal russe de Kadhafi ; et une dizaine des Stinger a été saisie récemment dans ce pays. La Turquie ne se contente pas d’abriter des terroristes, de les entraîner et de les envoyer avec des armes en pays voisin, où elle est responsable de l’envoi de 90% des 100 000 terroristes qui ont pillé et massacré dans ce pays : elle a envoyé deux bateaux chargés d’armes aux djihadistes au Yémen, la dernière saisie de ces armes par les autorités yéménites a eu lieu le 25 janvier 2013. Un pays membre de l’OTAN et vassal de l’Amérique, peut-il se permettre d’envoyer des armes à Al-Qaïda au Yémen sans blanc-seing ? En 2011, la division Intelligence de l’OTAN (qui n’a rien à voir avec la CIA) estimait à 200 à 300 hommes le nombre des éléments d’Al-Qaïda parmi les combattants libyens anti-Kadhafi qui, il faut le dire, étaient soutenus par des officiers américains : parmi eux, des chefs du Groupe islamique des combattants libyens (GICL) dont Abdelkrim Belhadj, Ismael As-Salabi et Abdelhakim Al-Assadi… Comme en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie, mercenaires d’Al-Qaïda et soldats américains ont combattu sur le même front en Libye. Le terrorisme est devenu transnational et ses armes lui sont livrées à domicile dans des bateaux et cargos de pays de l’OTAN. De nombreux auteurs, officiels, anciens officiers des renseignements dont des Américains, de nombreux écrivains – dont Peter Dale Scott, David Ray Griffin, Thierry Meyssan, Michel Bounan, Nafeez Mosaddeq Ahmed, Gerhard Wisnewski, Mathieu Kassovitz – apportent des preuves de l’instrumentalisation du terrorisme par des Etats, aujourd’hui de plus en plus nombreux à en faire un moyen de pression et/ou de destruction d’autres Etats. Le président nigérien cité plus haut parlait de terrorisme transnational. Le chercheur Ghaleb Kandil l’écrit aussi : «Ce sont les États-Unis qui ont géré la guerre en Syrie, ont mis sur pied des chambres d’opération en Turquie, où siègent des agents de la CIA chargés de coordonner les efforts internationaux et régionaux de mobilisation des terroristes du monde entier pour les envoyer en Syrie. Les responsables américains se vantent publiquement d’avoir fourni du matériels de communication modernes aux gangs armés, et ils n’ont exprimé aucun regret, même après avoir reconnu qu’une grande partie de ces équipements est tombée aux mains des combattants qaïdistes du Front An-Nosra ; une organisation qu’ils ont tardivement inscrit sur leur liste terroriste, dans laquelle ils pourraient inclure d’autres groupes prochainement, sans pour cela modifier leur position au sujet des engagements sur l’arrêt de la violence.»

  1. E.-T.

13 février 2013

1) Obama a promis de créer un «partenariat» avec les pays-valets.

Quatre mouvements fantoches et un manipulateur

(Troisième partie)

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est créé le 16 octobre 2011, avec comme objectif la création d’un Etat indépendant dans la région nord du Mali ! Comme par hasard, le 26 août 2011, l’ancien et véritable leader du mouvement dit de l’Azawad, Ibrahim Ag Bahanga, est tué dans un mystérieux accident de voiture dans le désert… Cette mort permettra l’usurpation de la «cause Azawad» par les valets de la France et du Qatar. Ibrahim Ag Bahanga était l’un des trois leaders du mouvement de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC) créé en mai 2006, aux côtés de Hassan Fagaga (un ex-officier de l’armée libyenne) et Iyad Ag Ghali. Le premier ex-secrétaire général du MNLA, Mohamed Ag Najem, n’est autre que le neveu d’Iyad Ag Ghali.

En 1990, il rejoint la rébellion du Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA) créé par son oncle en 1988. Après les accords avec l’Etat malien en 1992, il dépose les armes et retourne en Libye où il obtient le grade de colonel. Il déserte en 2011, avant la chute de Kadhafi et revient au Mali où il fonde le MNLA à l’instigation de l’Otan et de la France, selon des officiers maliens. Nous donnerons plus loin des indices de cette manipulation. Grâce à la France, le MNLA avait de gros moyens, et les agents qui ont entraîné ses éléments sont Français, dont deux sont actuellement des otages d’Aqmi. Le chef d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, est l’oncle du fondateur du MNLA, lui aussi dissident de l’ADC. Lyad Ag Ghali créé Ansar Dine en 2010… Cet ancien «bon vivant» a un long parcours de baroudeur et de trafiquant derrière lui. Après maints attentats commis par le MPLA, qu’il avait créé auparavant, il signera les accords de 1992 avant de créer un autre mouvement, le MPA, qu’il dissout en 1996. En mai 2006, il fonde le mouvement de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC) aux côtés de Hassan Fagaga (un ex-officier de l’armée libyenne) et d’Ibrahim Ag Bahanga (cité plus haut). En 2006, l’ADC signe les accords d’Alger : Iyad Ag Ghali est alors nommé en qualité de conseiller consulaire du Mali à Djeddah. Le bon vivant, habitués aux bars du désert, se retrouve à fréquenter des barbus : suspecté d’activités avec des extrémistes, il est déclaré persona non grata par les Saoudiens, alors il se retrouve à Paris à fréquenter les mosquées. Bizarrement, à la veille de la «révolution» libyenne, il revient au Mali en 2010 où il crée Ansar Dine aux côtés d’une poignée d’anciennes recrues pseudo-indépendantistes qui, comme lui, passeront sans transition des revendications pseudo-ethniques à des revendications «djihadistes». En fait, il s’agissait d’une dizaine de Touareg de la fraction des Irayakane qui passent de la «cause azawad» à un autre fonds de commerce, celui de l’Islam. Les membres de l’ADC, quant à eux, ne suivront ni Ansar Dine ni le MNLA : ils savent qu’un même manipulateur occidental est derrière ces nouveaux sigles sortis de nulle part. Ansar Dine comptait «seulement 14 Touareg, pas un de plus», avait dit, ironique, un responsable du MNLA, qui lui disposait de plusieurs véhicules apparemment achetés avec l’argent français alors qu’Ansar Dine n’avait rien. Mais les dollars de l’émir Hamad finiront par arriver dans les 4×4 du Croissant-Rouge qatari, et Iyad Ag Ghaly pourra prendre sa revanche sur son petit neveu Bilal Ag Acherif qui a osé le narguer. Il pourra enfin avoir ses jolis véhicules, des tenues kaki, des gants, les plus jolis de tous, probablement sortis de chez le même grand-couturier qui fabrique les coûteux treillis des soldats qataris. Mais tout «islamiste» qu’il est, il suivra son «laïc» de neveu ; il suivra la meute quand elle partira à l’assaut du Nord-Mali, il fera partie de cette multinationale terroriste patronnée par la France et Qatar, avec des Etats-Unis qui ne donnent pas l’impression d’exister. Une fois au Nord-Mali, Ansar Dine pourra recruter des centaines de djihadistes maliens et africains et même des enfants pour pallier le manque de combattants autochtones, car les Touareg ont de la dignité et ne servent pas d’appât aux anciens colonialistes. Le groupe de mercenaires nigérian, Boko Haram, sera aussi appelé au festin pour attaquer des casernes et occuper le Mali dont l’armée est sans ressources, avec des fusils sans balles, car la misère a touché même le déjà malingre budget de la défense.

Mouvements fantoches et manipulateurs de l’ombre

Le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) est également né avec les «printemps arabes» (fin 2011) : il s’attaque d’abord aux intérêts et aux citoyens algériens et sahraouis, apparemment afin de perturber les relations algéro-marocaines. Narcotrafiquant comme tous les groupes de brigands mercenaires, il brandit la charia comme fonds de commerce. Tous ces groupes s’inscrivent dans un scénario identique à celui écrit par Zbigniew Brzezinski pour Jimmy Carter afin de précipiter l’ex-URSS dans le piège afghan : une guerre d’usure, un bourbier, qui a eu raison de l’économie russe, causé la chute du communisme et détruit l’Afghanistan et son voisin pakistanais. L’analyste français indépendant, David S. J. Borrelli, écrit : «Pendant ce temps, le Qatar & la France (à l’œuvre en coulisses) passent la vitesse supérieure, et le nom du MNLA a commencé à se faire plus gênant, la France lui apporte tout le soutien nécessaire à l’élaboration d’un miniprojet politique préfigurant la scission du Mali, en mettant notamment à sa disposition de nombreux conseillers ainsi qu’un bureau à Paris. Pendant ce temps, le Qatar s’occupe de la formation d’Ansar Dine, dont le nom est cité pour la première fois en décembre 2011, regroupant des djihadistes du Mujao, d’Aqmi et des islamistes du FIIA au sein même et sous couvert de l’entité nationaliste-indépendantiste MNLA, complétant leur rangs par l’envoi de ‘‘takfiristes’’ des quatre coins du monde et de leur armement.»(1) David S. J. Borrelli laisse supposer que les groupes séparatistes et islamistes bénéficiaient de complicité au sein de l’armée : «Certains ordres se sont perdus, laissant croître et œuvrer tranquillement les bandes de fanatiques de ce qui deviendra Ansar Dine et le MNLA ; ce dernier n’étant qu’un cheval de Troie dans lequel a pris place le premier.» Car depuis que les Américains ont commencé à former des soldats maliens dans le cadre d’un plan d’Africom, des traîtres sont apparus… Pour cet auteur, Ansar Dine ne serait donc qu’un faux nom, un libellé factice pour des groupes déjà existant, et ce, afin de leurrer l’assistance pour faire croire qu’il s’agit d’autres factions, alors qu’elles sont sponsorisées par les mêmes commanditaires. Il semble qu’il ait raison, car les noms n’ont de sens que pour des entités ayant un sens de l’honneur comme la mafia, pas pour des mercenaires qui n’agissent pas pour leur propre compte ni pour des principes, aussi bas soient-ils. En Syrie, il y a plus d’une vingtaine de sigles «islamistes» qui opèrent, dont le fameux An-Nousra. L’enregistrement téléphonique du député libanais Okab Sakr avec un mercenaire en Syrie, le suppliant d’envoyer des armes en urgence pour faire face à l’armée syrienne, atteste que ces «islamistes» ne sont que des mercenaires qui opèrent dans le cadre d’un réseau transnational qui inclue des personnalités de haut rang, traîtres à la nation musulmane, et même quelques chefs d’Etat (dont ceux d’Arabie Saoudite, de Turquie et du Qatar sont ouvertement impliqués) et dont les Etats-Unis sont les principaux manipulateurs. Pour créer cette situation, le MNLA et le mythe d’une rébellion de «l’Azawad» – lui-même basé sur un mythe territorial – ont été utilisés comme cheval de Troie pour grossir la nébuleuse terroriste, justifiant ainsi une lutte pour sécuriser au profit de l’Occident un immense corridor qui va de l’Atlantique à la Méditerranée et la mer Rouge et qui fait l’objet de toutes les convoitises. Certains éléments dits de l’Azawad utilisent les faux prétextes d’injustices, de marginalisation et d’exclusion pour mener une énième fronde, en dépit des postes ministériels qu’ils ont occupés et des accords qu’ils ont signés. L’accord d’Alger de 2006 a donné de l’espoir d’une stabilité d’autant qu’après chaque rébellion, le gouvernement malien s’engageait à la décentralisation et à un programme de développement du Nord, en y consacrant parfois jusqu’à 48% de son budget. En 2006, certains rebelles et opposants ont été intégrés au sein des structures de l’Etat malien, qui fait l’objet avec le Niger de rebellions dites «touareg». Parmi les nombreux bénéficiaires des largesses de l’Etat malien figurent l’actuel chef d’Ansar Dine et deux membres du MNLA qui étaient ministres dans le précédent gouvernement qui comptait trois ministres touareg, alors que cette ethnie ne représente pas plus de 200 000 personnes sur une population de 15 millions d’âmes. Depuis, le Mali a aussi enrôlé plus de 3 000 rebelles dans l’armée, en plus de la nomination de milliers d’hommes bleus dans les administrations.

Les Touaregs, peuple fier et nationaliste

Les Touaregs sont essentiellement des nomades du Nord-Mali, une région qui compte aussi des Maures, des Peulhs, des Sonrhaïs et des Kountas. Le MNLA ose revendiquer les 2/3 du territoire alors qu’il ne représente même pas les Touaregs et même pas la fratrie à laquelle il appartient. Aucun chef traditionnel, aucun amenokal n’a rejoint ce mouvement ou ses prédécesseurs, le peuple touareg étant de tradition pacifique. André Bourgeot, chercheur au CNRS français, dit dans une vidéo : «La notion d’Azawad est une construction politique. Sur le plan historique, il n’y a eu ni royaume de l’Azawad, ni empire de l’Azawad, ni chefferie de l’Azawad, donc, il s’agit bien d’une construction politique qui est animée par un groupe, je dis bien un groupe, touareg ultra-minoritaire.» Quant à Y. Togora, membre fondateur du Collectif pour la paix et le développement du Mali, il écrit qu’il existe «à Tombouctou un endroit appelé Azawad, mais qui n’est connu que de quelques autochtones. C’est une bande de terre désertique, située au nord-est de Tombouctou et au sud d’Arawane. Sa superficie ne dépasse guère les 350 km2. C’est la seule Azawad reconnue par la mémoire collective et peut-être les Archives nationales». Aucune encyclopédie ancienne ne mentionne ce nom qui fait florès dans les années 1980, avec les politiques Françafrique de Mitterrand et de Chirac. On a souvent accusé, à raison, Kadhafi d’avoir fomenté ces mouvements «séparatistes». Le «guide» libyen manipulait quelques groupes pour faire pression sur le gouvernement malien et nigérien pour les faire sortir de la tutelle française et celle de la zone Franc et les amener à son camp. Il faut rappeler qu’il faisait l’objet de complots beaucoup plus graves de la part de la France, notamment à travers son voisin tchadien, lorsque Hissène Habré était au pouvoir. Il y a des Touaregs en Libye, et si l’on peut manipuler quelques brebis galeuses, nul ne peut manipuler les Touaregs dans leur totalité, car ils sont attachés à leurs pays respectifs, l’Algérie, la Libye, le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Il faut être fou pour croire que Kadhafi voulait créer un Etat touareg et perdre le désert qui lui donne du pétrole. Il a utilisé la carte touarègue pour faire pression sur ses voisins et finira par réussir à les fédérer, en offrant des centaines de milliers d’emplois à leurs ressortissants. Mais le «printemps arabe» aura raison de son projet panafricain. Comme toutes les communautés africaines, les Touaregs comprennent des gens modérés et de modernistes mais aussi de quelques trublions séparatistes et d’islamistes, bien que leur majorité se conforme à l’Islam ancestral et se montre très réservée vis-à-vis de l’extrémisme, préférant les solidarités interethniques et claniques qui garantissent la vie dans le désert. Depuis que Kadhafi a obtenu un soutien des chefs d’Etats de la région de se rallier à sa politique africaine et de se débarrasser des bases françaises, les rebellions touarègues instrumentalisées se sont tues. Puis le «printemps arabe» est subitement venu créer une génération spontanée de formations maliennes. Depuis que la Libyafrique a sérieusement menacé la Françafrique, les problèmes malien et libyen ont commencé. Le MNLA fait sa déclaration d’indépendance sur la chaîne d’Al Jazeera, la télé du manipulateur d’une simple marionnette. En ressuscitant les vieux démons séparatistes, l’Occident a créé une situation de chaos. Les velléités d’une «République de l’Azawad» ne sont pas sérieuses car elles ne sont articulées sur aucune donnée sociologique, mais une partition n’a pas besoin de cela, comme vient de le montrer la division du Soudan. Il suffit que l’impérialisme le veuille et que la victime ne prenne garde.

  1. E. T.

14 février 2013

Arsenaux américains et mercenaires de l’apocalypse

(4ème partie)

Les arsenaux illégalement détenus en Libye et au Mali dépassent donc ceux de certains Etats de la région, c’est ce qu’ont montré les attaques du camp militaire et de l’unité méhariste de Ménaka, ainsi que les garnisons de Tessalit et d’Aguelhok les 17 et 18 janvier 2012.

Les arsenaux des «révolutionnaires» libyens semblent avoir été créés intentionnellement pour l’usage local permanent et une distribution régionale et internationale, également permanente. Pourquoi les Occidentaux n’ont-ils pas fait pression sur le Qatar pour récupérer les armes à la fin du «printemps libyen» ? L’ambassadeur américain, Christopher Stevens, sera tué à Benghazi, avec trois autres fonctionnaires Etasuniens : dommage collatéral côté américain de temps en temps pour faire vrai… Apparemment, cette mort va même servir à Hillary Clinton, questionnée par le Congrès, de se plaindre de la maigreur du budget de sécurité des ambassades et des représentations diplomatiques ! Après la mort de Christopher Stevens, les armes ont continué à voyager entre la Libye et les autres pays d’Afrique, la Libye et la Turquie, la Turquie et le Yémen… En toute légalité, car ils passent dans les ports de pays de l’OTAN (Turquie) et disposent des documents douaniers d’embarquement et de débarquement pour arriver chez les terroristes, dont ceux du groupe syrien An-Nousra, qui sera enfin mis sur la liste des terroristes, comme si le pays de la CIA pouvait être le dernier informé ! Avec la bénédiction de l’Amérique et des autres puissances occidentales, la Libye et la Turquie sont devenus des centres d’approvisionnement du terrorisme en Syrie, au Yémen, en Somalie, au Mali et ailleurs, car le but aujourd’hui est de transformer les routes du terrorisme en véritables autoroutes. D’autant qu’aujourd’hui, les payeurs sont le Qatar et d’autres pays du Golfe. Bon pour le complexe militaro-industriel ! Quel rôle a joué le pouvoir libyen dans la crise malienne ? Il n’y a pas de doute que le «partenariat» dont parle Obama (1) est toujours de rigueur, plus puissant que lors de la première guerre d’Afghanistan. Erdogan, Hamad, le roi Abdallah et maintenant des gouvernements serviles des «printemps arabes» participent à détruire la nation arabe pour servir l’impérialisme américain. Au Mali, des camps d’entraînement de rebelles étaient signalés en hiver 2011 avec des formateurs français, selon certains journaux maliens. Lorsque la formation est terminée, la logistique à point et que sur les portables le signal est donné, ils passent à l’attaque, tous ensemble, le même jour, comme cette génération spontanée des «Printemps arabes» est-il possible que des groupes qui viennent d’être créés et qui sont donc supposés ne pas se connaître peuvent-ils agir de concert ? Comment peuvent-ils avoir un pareil sens de l’organisation, de la stratégie et de la planification s’il n’y a pas un coordinateur général, un chef hiérarchique qui les chapeaute tous ? Cet autre indice essentiel permet de dire que leur création et leur action obéissent à un plan qui les dépasse et dont ils ne sont que les instruments. Ainsi donc, le 17 janvier 2012, le MNLA, Ansar Dine et Aqmi mènent conjointement des attaques contre des casernes maliennes et conquièrent les principales villes du septentrion, dont Kidal, Gao et Tombouctou. L’alliance contre-nature des «séparatistes» et des pseudo-islamistes n’a étonné personne mais elle atteste que tous ces mercenaires n’ont aucune conviction religieuse ou politique réelle et qu’ils opèrent dans une même logique pour un même commanditaire, en fait qu’ils ne sont que des pions dans un plan étranger, tout comme la nébuleuse mère Al-Qaïda, dont les patrons ne sont pas dans des grottes mais dans des bureaux de banques, d’agences de renseignements, de bureaux de présidences ou de chefferies de gouvernements.

La Françafrique au service de l’Oncle Sam

Le président malien, ATT, dira alors au sujet d’un attentat contre une caserne perpétré par les rebelles du MNLA et consorts : «Soixante-dix de nos jeunes étaient alignés sur le sol. Les Noirs avaient les poignets ligotés dans le dos. Ils ont été abattus par des balles tirées à bout portant dans la tête. Ceux qui avaient la peau blanche, les Arabes et les Touaregs, ont été égorgés et souvent éventrés. Je suis étonné par le silence des organisations internationales sur ces atrocités. Que dit la Cour pénale internationale ?» L’alliance MNLA, Ansar Dine, Aqmi et Mujao fait 100 morts dans les rangs de l’armée malienne en deux jours mais qui se soucie de la mort de soldats maliens ? Silence radio de la France, des Etats-Unis, de l’Angleterre mais lorsque le territoire est bien occupé, que les pions sont en place, la France se dit préoccupée et veut s’ingérer… Après l’occupation du Nord-Mali, à la demande du président ATT, l’Algérie tente de régler le problème de manière diplomatique et, le 2 février 2012, des discussions sont organisées à Alger entre le gouvernement malien et les représentants de l’ancien mouvement rebelle touareg, l’ADC, un ancien mouvement des Touaregs dont faisaient partie les chefs des nouveaux mouvements fantoches usurpant l’un la cause touarègue et l’autre, l’Islam : Iyad Ag Ghali et Mohamed Ag Najem. La situation empire au Mali, alors certains militaires et politiques veulent faire porter le chapeau au président ATT, accusé de laxisme. Evidemment, comme dans le scénario arabe, un «printemps malien» a lieu les 1er et 2 février 2012, dans la ville de garnison de Kati, puis à Gao et à Bamako pour protester contre la «mauvaise conduite de la guerre» et le manque de ressources des militaires. Toujours légaliste, le président ATT déclare le 24 février 2012 que les élections présidentielles allaient avoir lieu comme prévu le 10 juin 2012 : un projet qui semble compromettre certains plans… ATT avait commandé du matériel militaire mais il restera bloqué dans les ports d’Abidjan, de Conakry et de Dakar. Comme un complot en marche dans diverses capitales… La cargaison comprenait 140 blindés et semi-blindés, 50 lanceurs d’obus, des véhicules de transport de troupes, des Kalachnikov, des munitions, et aurait permis l’éradication des mercenaires… Il y avait aussi des avions Soukoï russes, comme tout le reste du matériel, en attente dans certains ports européens. Alors un coup d’Etat a lieu, comme à la veille de maintes interventions coloniales françaises. Le coup d’Eat a été fomenté par une junte militaire conduite par le capitaine Amadou Aya Sanogo et pompeusement appelée Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat : beaucoup de Maliens y ont vu la main de la France. Si on a la fibre un tant soit peu nationaliste, fait-on un coup d’Etat en pleine tempête ? Fait-on un putsch alors que le président sortant est à seulement deux mois et a dit sur RFI qu’il n’avait pas l’intention de se représenter ? Ne peut-on pas déduire que le putsch a eu lieu afin que l’Etat ne puisse pas se défendre ? D’ailleurs, selon l’écrivain William Engdahl, le capitaine putschiste Sanogo a comme par hasard suivi une formation dans le cadre du programme américain, le Trans Sahel Conter Terrorism Partnership qui dépend de l’Africom et qui forme des éléments des armées de sept pays sahariens, un projet impérialiste dont nous parlerons plus loin. Pour William Engdahl, ce putsch «porte la marque du commandement américain en Afrique, Africom et une tentative de militariser toute la région et ses ressources naturelles. » La main de la France y est aussi, en tant que sous-traitant. La CIA considère le Mali comme une tête de pont stratégique, et le plus facile à occuper. Son jeu sournois consiste à donner des rôles de partenaire junior et de supplétifs à ses subordonnés (France, Qatar), elle jouant présentement un rôle plus discret en arrière-plan. Devenue le monte-charge de l’Africom, la Françafrique s’occupe aussi des besognes militaires de sauvetage pour redorer un blason d’ancien colonisateur sur le dos d’un «Islam intolérant». L’objectif américain est la mainmise sur les ressources de l’Afrique, de ce Sahel et cette région MENA qui représentent des ressources immenses quasiment inexploitées : or, manganèse, cuivre et autres minerais rares. Cela passe aussi par une balkanisation de la région en utilisant un vieux projet de De Gaulle datant de 1957 pour le Grand Sahara, comme une adaptation hollywoodienne d’un mauvais scénario français. Tout concorde, car les Etats-Unis et les Français ont un même objectif, en dépit des particularismes d’intérêts. La trahison des élites et la compromission de certains leaders, c’est sur quoi comptent les impérialistes. L’Algérie fait malheureusement partie de ce Plan Sahel. Les impérialistes n’auront pas à se salir les mains, les mains sales des régimes se chargeront de tout. Le putsch fragilisera davantage le Mali, occasionnant le chaos dans l’armée et autorisant l’occupation de toute sa zone septentrionale. Evidemment, «soucieux de la légalité», la France et les Etats-Unis condamnent fermement le coup d’Etat : qu’aurait-on pensé s’ils ne l’avaient fait ? À la suite du putsch, les autorités financières mondiales décident de suspendre leurs aides au Mali : cela aura des conséquences directes sur l’armée, et facilitera la pénétration terroriste. Mireille Fanon- Mendes-France, fille de Frantz Fanon et experte aux Nations unies, écrit que «cet “embargo” financier a été renforcé par un “embargo” politique. L’Organisation internationale de la Francophonie a suspendu le Mali dès le 30 mars ; l’Union africaine dès le 23 mars et la Cédéao dès le 27 mars. Il aura fallu la quasi-certitude d’une intervention militaire pour que certaines instances reviennent sur leur décision de bannir le Mali de leur communauté internationale.» Comme un air de préméditation sur tous les plans…

La partition d’un pays en un temps record

Des villes tombent les unes après les autres : Kidal, Tessalit, Tinzawaten, Hombori. Des milliers de Maliens fuient vers le Niger, le Burkina Faso, l’Algérie et la Mauritanie. Le MNLA ne commencera à accepter les appels du dialogue d’Alger que lorsqu’il aura renforcé ses bases, conjointement avec Ansar Dine et Aqmi. Début avril, tout le nord du Mali est entre les mains des différentes factions mercenaires. Vers les 5 et 6 avril 2012, le MNLA déclare unilatéralement l’indépendance de l’Azawad : jamais cession d’un pays n’aura été aussi facile. D’un coup, le MNLA prend 850 km2 alors que «l’Azawad» ne fait que 350 km2, si tant est qu’il ait la légitimité sur une seule parcelle d’un pays membre de l’ONU. Evidemment, on a tout fait pour que le MNLA soit le plus faible, car les factions dites djihadistes ont recruté à tour de bras avec l’argent qatari. Le MNLA a un bureau à Paris, don de l’Elysée à ses pions. Un autre chapitre du terrorisme peut alors commencer, tel que prescrit par un scénariste quelque part dans une même officine de généraux. On y voit des scènes similaires à celles de l’Afghanistan, des coups de fouets, des mains coupées, etc. Le 13 mars 2012, le chef d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, envoie une vidéo proclamant qu’il se bat pour l’imposition de la charia, credo qui permet de rameuter des mercenaires dans le cadre de l’alliance transnationale du terrorisme. L’argent qatari et les agents du terrorisme international disséminé dans le monde se positionnent. Sur le terrain, les «djihadistes» se filment en train de détruire des monuments classés par l’Unesco : les chaînes mondiales, CNN, France 24 et Euronews les passent en boucle. Un peu comme ces bouddhas détruits par les gentils talibans aidés par les Etats-Unis à coups de millions de dollars/an et qui, subitement devenus fous, se mettent à détruire un «patrimoine précieux». Dix années durant, ils avaient tué et pillé tout en étant soutenus mais lorsqu’il fallait en faire des méchants loups pour les médias, la caméra est braquée sur des sites-phares, qui suscitent la «consternation internationale». L’image choc : plus parlante pour l’Occident que celle des femmes enfermées et empêchées d’étudier. La destruction des bouddhas a eu lieu quelques jours seulement avant le 11 septembre 2011… Le WTC… Cela permettra aux Etats-Unis de se rappeler que les talibans afghans – financés par la CIA et les Saoudiens – hébergeaient un certain Ben Laden, lui aussi brusquement devenu méchant… Ceux qui ont mis la Mali à genoux pleurent maintenant pour les mausolées islamiques de Tombouctou. Ayant joué le rôle de cheval de Troie, le MNLA peut être recalé au rôle de figurant.

  1. E. T.

15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie)

Ce n’est que le 12 octobre 2012, lorsque tout le septentrion malien est occupé que le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) se réunit pour demander à la Cédéao et à l’Union africaine d’établir un plan d’action par sa résolution numéro 2071. Elle donne 45 jours à ces organisations pour préparer leurs plan et feuille de route ! Pas d’urgence tant que meurent des Maliens. Qui se souciait de la famine qui sévit dans toute la bande sahélienne ? La France se taisait à l’époque.

Le plan sera donc soumis à l’ONU en vue de l’adoption d’une nouvelle résolution qui permettrait l’intervention de la future force, appelée désormais Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma), dans les zones actuellement sous contrôle des groupes armés du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), d’Ansar Dine, d’Aqmi et du Mujao. Ce qui est étrange et extraordinaire, qui trahit la pensée impérialiste des rédacteurs qui font partie du Conseil de sécurité, c’est qu’il est textuellement écrit dans la résolution 2071 adoptée par le Conseil de sécurité : «La situation au Mali constitue une menace contre la paix et la sécurité internationales. Elle ne dit pas une menace pour le peuple malien, pour l’Etat malien ou pour l’intégrité du territoire malien ! Si l’on s’en tient uniquement au contenu, la résolution ne vise pas les intérêts du Mali mais à protéger «la paix et la sécurité internationales», et ce n’est que subsidiairement que le CSNU impose la mise en place d’une force militaire internationale «en vue de la reconquête des régions occupées du nord du Mali». Selon Alterinfo (6-4-2012), depuis 2011, des convois d’armes libyennes ont été acheminés au Mali, via le Tchad, avec les complicités des services de renseignements français. (1) Etaient-ils destinés au MNLA, au Mujao ou aux autres factions de mercenaires ? Des ressortissants français sont pris en otages en Afrique. La France tente de libérer l’un d’entre eux en Somalie, un certain Denis Allex, un agent de la DGSE enlevé le 14 juillet 2009, à Mogadiscio. L’opération est ratée et le commando perd deux soldats en plus de l’otage. La France continue à faire pression pour trouver un bon alibi pour intervenir au Mali, mettant en avant ce nouveau drame. Un bon casus belli justifierait l’invasion coloniale américaine camouflée sous les bons hospices de l’ingérence humanitaire. A Bamako, le fragile gouvernement de transition a désigné une ligne rouge à ne pas franchir par les mercenaires : le franchissement de cette ligne mettra le pouvoir central en danger. Au Tchad, en 1986, une ligne rouge (celle du 16e parallèle) a aussi été désignée par Hissène Habré, le dictateur qui a demandé de l’aide à Paris lorsqu’il s’est senti menacé par l’armée libyenne en soutien aux forces loyales au président déchu Goukouni Oudeï. Pendant ce temps-là, les forces mercenaires ne cessent de renforcer leurs positions au Mali, grâce aux armes et à l’argent qataris. En se basant sur une information de la Direction du renseignement militaire (DRM) française, le Canard enchaîné du 26 mars 2012, a révélé que des 4×4 frappés du Croissant-Rouge qatari ont été vus au Mali et a précisé que Doha finançait les groupes armés qui ont pris le contrôle du nord de ce pays : selon la source de l’hebdomadaire, «les insurgés du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi (Al- Qaïda au Maghreb islamique) et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar». Le Canard insistait sur le fait que les responsables français, au premier rang desquels le ministre de la Défense, n’ignoraient rien de l’affaire et que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) aurait transmis plusieurs notes à ce sujet à la présidence de la République française. Des mois durant, les 4×4 frappés du sigle du Croissant-Rouge qatari ont continué à sillonner le désert malien, bourrés de dollars, sans que l’Elysée réagisse. Des avions auraient même atterri au Mali de nuit et déchargé des cargaisons, selon des témoins maliens.

Terrorisme transnational et intérêts qataris…

Le 3 avril sept diplomates algériens sont kidnappés à Gao, au Mali. Or, le 3 avril 2012, le chef d’état-major des forces armées du Qatar, le général-major qatari, Hamad Bin Ali Attiya, débarque à Alger sur «invitation» du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’ANP. Lors de l’entrevue avec le président Bouteflika, assistera même le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, qui est surtout chargé du dossier du terrorisme. Outre sa relation évidente avec le Mali, la convocation du général qatari avait-elle un lien avec la prise d’otages des sept Algériens qui est survenue, chose étonnante, le jour-même ou la veille de sa venue à Alger ? Après l’information donnée en mars 2012 sur l’implication du Qatar, le Canard enchaînédu 6 juin 2012 publie un autre article disant que Doha finançait les groupes armés qui ont pris le contrôle du nord du Mali : «Les insurgés du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar.» Parmi les récipiendaires figure donc le Mujao qui a kidnappé sept diplomates algériens. Comme quoi le Qatar… Comme pour faire pression sur Alger afin d’intervenir au Mali dans le cadre global, des attentats sont perpétrés à Tamanrasset, Ouargla et Tindouf. Les services secrets occidentaux fabriquent de fausses filières terroristes vers les pays où les intérêts de leurs pays sont en jeu. Les faux «islamistes», ces nouveaux mercenaires, sont l’argent béni de l’impérialisme occidental qui promet à ses citoyens de ne plus faire de guerres qu’indirectes avec les sous-développés. Les interventions auront lieu dans des théâtres à forte valeur ajoutée sur des opérateurs à forte valeur ajoutée, l’Occident se contentant de «l’assistance militaire» et de l’intelligence. La guerre armée quant à elle se fait par procuration par des supplétifs dits «djihadistes», séparatistes ou autres «combattants de la liberté» qu’il s’agira de soutenir matériellement, technologiquement, scientifiquement, de former, d’équiper et d’orienter, ouvertement comme en Libye, en Syrie et de liquider par la suite, comme au Mali, si nécessaire. Désormais, la guerre est indirecte et se fait par propagation, contagion puis élimination, en cas de besoin. Les 200 mercenaires du GICL (Al-Qaïda libyenne) utilisés pour éliminer Kadhafi serviront ultérieurement à former les mercenaires en Syrie et y mener un nouveau «djihad». Propagation du djihad = extension des intérêts américains. En juin 2012, Abdelkrim Belhadj avait déjà envoyé 700 mercenaires libyens en Syrie. Il a récolté des milliards, payés rubis sur l’ongle par le Qatar. Puis, selon le New York Times, Qumu et Al-Libi,des subalternes de Balhadj, qui avaient aidé les Américains à dégommer Kadhafi seraient suspectés de l’assassinat de l’ambassadeur américain et ses deux fonctionnaires… Les dommages collatéraux sont pris en compte par le Pentagone : une médaille comme récompense. La prétendue lutte contre Al-Qaïda en Afghanistan a permis de contaminer tous les pays musulmans et au-delà de leurs frontières, déstabilisant les ennemi Les services secrets sont donc chargés du travail le plus complexe des guerres du XXIe siècle, selon le Rapport Horizons Stratégiques 2012 du ministère français de la Défense qui fait des prévisions pour les 40 années à venir. Pour cela, ils utilisent les moyens pervers de la corruption et de la compromission des élites, et parfois en s’impliquant directement, voire en sacrifiant quelques éléments des forces spéciales payés pour cela. Ils sont même chargés de se faire prendre en otages, pour faire vrai. Ils utilisent le trafic de la drogue ou le prétexte de son développement non sans l’avoir développé (Indochine, Colombie, Mali, Afghanistan où ce fléau n’existait pas et qui est devenu un grand producteur aujourd’hui). Parfois, pour faire vrai, ces agents des renseignements occidentaux sont appelés à mourir, comme lors d’une opération de sauvetage de l’un deux, qui a eu lieu en Somalie comme par hasard quelques jours seulement avant l’intervention française au Mali. Nous parlerons plus loin de ces nombreux otages-espions français. Les Etats-Unis avancent donc en Afrique, en se servant des réseaux coloniaux de la Françafrique et non pas de leur propre étendard. Ce n’est pas le drapeau qui compte mais les dollars. Même les bidasses sont des victimes de ce nouvel ordre mondial militaro-financier qui sacrifie les faibles sur l’autel des riches. Selon certaines sources, c’est la DGSE qui détiendrait les otages algériens kidnappés à Gao, par l’entremise de leurs mercenaires camouflés sous la bannière de «djihadistes».

Pays victimes ou coupables ?

En outre, Roland Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de sciences politiques à Paris (CERI) affirme : «De la même façon que le Qatar a fourni des forces spéciales pour entraîner une opposition à Kadhafi, on pense qu’un certain nombre d’éléments des forces spéciales qataries sont aujourd’hui dans le Nord-Mali pour assurer l’entraînement des recrues qui occupent le terrain, surtout Ansar Dine.» Quant à Sadou Diallo, l’ex-maire de Gao au Mali, il disait sur RTL : «Le gouvernement français sait qui soutient les terroristes. Il y a le Qatar par exemple qui envoie soi-disant des aides, des vivres tous les jours sur les aéroports de Gao, Tombouctou, etc.» Le Qatar s’est-il permis de distribuer armes et argent aux terroristes et aux «rebelles» sans l’aval américain ? Qui finance ne commande pas toujours, car il est connu que Doha ne joue que comme agent ou intermédiaire… Le journal Malien l’Indépendant du 6 avril (le lendemain de l’enlèvement du consul d’Algérie) écrivait, quant à lui, qu’un cargo qatari avait atterri à l’aéroport de Gao pour livrer des armes et des stupéfiants aux rebelles, d’autres sources maliennes parlent même de plusieurs cargos à des dates différentes, ajoutant que des islamistes affluaient du Sud du Niger, du Tchad et du Nigeria (Boko Haram) vers le nord du Mali.

A. E. T.

SOURCE: Le Progrès

 

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